Dans certaines assiettes, on sent tout de suite la différence sans vraiment savoir pourquoi. Une texture plus ferme, un parfum de céréale qui reste en bouche, une sauce qui se fixe mieux. Cette sensation, de plus en plus de gourmands du Perche la découvrent grâce à un artisan qui a choisi de miser sur un ingrédient proche. Très proche même. Et si cette approche change autant le résultat, ce n’est pas un hasard.
Un détail dans son processus attire particulièrement l’attention. C’est lui qui transforme une simple idée familiale en véritable projet de territoire. Et vous verrez qu’il peut inspirer bien au‑delà des frontières du Perche.
Un territoire, une famille, et l’envie de faire mieux
Pour beaucoup, les pâtes sont un produit banal. Mais lorsqu’elles sont fabriquées à partir d’une farine locale, moulue à quelques kilomètres, tout prend une autre dimension. C’est exactement ce que découvre Louis‑Marie Carbonell, originaire du Perche dans l’Orne. Issu d’une famille d’agriculteurs, il a suivi des études agricoles au Mans avant de travailler treize ans dans une coopérative.
Il imaginait reprendre une exploitation familiale, mais le projet n’aboutit pas. Ce moment charnière, souvent vécu comme un échec, devient pour lui une opportunité. Au lieu d’abandonner, il décide de rebondir et de mettre à profit les ressources du territoire. La farine produite par son frère Marc, à la ferme de Beaulieu, devient alors l’ingrédient central d’une nouvelle aventure artisanale.
Cette décision résonne avec une tendance plus large : l’envie de consommer des produits proches de leur lieu de fabrication. Mieux, cela répond à une recherche de transparence, de goût et de circuits courts. Mais un élément inattendu lui ouvre réellement la voie…
Car pour transformer une idée en réalité, il fallait plus qu’une bonne farine. Il fallait aussi le bon outil.
Le déclic : une rencontre et une machine qui change tout
En 2024, Louis‑Marie rencontre Pierre Jeanjean, artisan connu pour sa marque Patte Jeanjean, installée près d’Alençon. Lorsque l’activité de ce dernier cesse début 2025, une opportunité se présente. Louis‑Marie achète le matériel aux enchères au printemps suivant. Un choix déterminant.
Ce matériel n’a rien d’anodin. Il récupère notamment une presse capable de produire 200 kg de pâtes par heure. À cela s’ajoutent deux séchoirs de 150 kg chacun et divers accessoires. Cette acquisition lui permet de passer de petits essais confidentiels à une véritable production artisanale structurée.
Ce changement d’échelle est crucial. Sans cette presse, impossible de garantir une régularité et une capacité suffisante. Sans les séchoirs, pas de maîtrise du séchage lent, indispensable pour une texture plus ferme et une conservation optimale. Grâce à cet ensemble, Louis‑Marie réalise déjà deux « fours d’essai » de 150 kg chacun, testant farines, assemblages et procédés.
Mais avoir les machines ne suffit pas. L’essentiel repose sur le geste et la méthode, comme vous allez le découvrir.
Comment se fabriquent ces pâtes du Perche
La fabrication repose d’abord sur une matière première précise : la farine moulue sur meules de pierre à la ferme de Beaulieu. Ce type de mouture préserve davantage les nutriments et donne une texture plus authentique à la pâte. Mais l’autre secret de fabrication se trouve dans les moules utilisés.
Louis‑Marie travaille avec des moules en bronze. Chacun pèse environ 12 kg. Pourquoi ce choix fait-il autant de différence ? Le bronze crée une surface légèrement rugueuse sur la pâte, ce qui permet d’accrocher la sauce de manière incomparable. Résultat : les pâtes gardent une tenue plus ferme à la cuisson, tout en offrant un rendu rustique très apprécié.
Le second élément clé est le séchage lent. Contrairement au séchage industriel rapide à haute température, le séchage traditionnel préserve mieux les arômes, garantit une structure plus stable et évite que les pâtes ne cassent trop facilement.
Ces deux méthodes — moules en bronze et séchage lent — forment la base d’une fabrication où chaque étape compte. Et pour valoriser la production locale, l’artisan mise aussi sur une gamme de recettes enracinées dans le terroir.
Une gamme qui mêle terroir et créativité
Ce projet ne se limite pas à produire des pâtes neutres. Louis‑Marie souhaite proposer une véritable identité gustative. Il travaille déjà différentes céréales : blé tendre, blé dur et petit épeautre. Ce dernier apporte d’ailleurs une note rustique très caractéristique, recherchée pour son goût doux et légèrement noisetté.
L’objectif est de commercialiser une gamme d’environ dix produits. Quatre parfums ont déjà été annoncés :
- tomate‑basilic
- ail‑persil
- curry
- gingembre
Ces recettes jouent sur un équilibre subtil : des saveurs suffisamment marquées pour apporter du caractère, mais respectueuses de la céréale et du terroir. Elles permettent surtout de proposer des pâtes prêtes à l’emploi, idéales pour un repas simple mais qualitatif.
Encore fallait-il un lieu adapté pour donner vie à tout cela.
Un atelier artisanal pensé pour la qualité
L’atelier est installé dans un bâtiment proche du domicile de Louis‑Marie, à Lignerolles, commune déléguée de Tourouvre‑au‑Perche. Ce choix pratique facilite le suivi quotidien de la production, tout en conservant une taille humaine.
La capacité actuelle permet de produire en petites séries, garantissant un contrôle précis sur chaque lot. L’ensemble du projet reste résolument artisanal, depuis la sélection des farines jusqu’au conditionnement final. Le nom choisi, Les Saveurs du Perche, reflète cette volonté de relier le produit à son territoire.
Mais pourquoi ce type de démarche attire-t-il autant l’attention des consommateurs ?
Pourquoi cela vous concerne directement
Dans un contexte où l’on cherche à mieux comprendre ce que l’on mange, ces pâtes offrent une solution claire : un produit local, traçable et respectueux du goût. La farine ne quitte pas le territoire. La transformation non plus. Le résultat est un circuit court transparent, où chaque étape est identifiable.
En choisissant ce type de produit, vous soutenez non seulement un artisan, mais aussi une filière agricole régionale. Vous encouragez une démarche où chaque acteur — du producteur au transformateur — travaille en proximité. Cette dynamique contribue à faire vivre le Perche, tout en offrant des aliments authentiques.
Et comme souvent dans les projets agricoles et artisanaux, l’aventure ne s’arrête jamais à la première étape.
Les perspectives d’avenir pour ce projet du Perche
Louis‑Marie ne manque pas d’ambition. Ses priorités sont claires : augmenter progressivement la production, affiner les recettes, tester de nouvelles farines et améliorer encore les procédés. Il prévoit également de développer des points de vente locaux et régionaux.
Autre piste : des partenariats avec des restaurateurs et des magasins de terroir. Ces collaborations permettraient de faire découvrir les pâtes du Perche à un public plus large. D’ici peu, vous pourrez probablement les retrouver sur les étals, dans les épiceries fines ou directement dans votre assiette lors d’un repas au restaurant.
Et derrière chaque paquet, vous tiendrez l’histoire d’une reconversion réussie, d’un lien familial fort et d’un véritable savoir-faire.
L’essor de ce projet montre qu’il existe encore une place pour les artisans qui valorisent leur terroir. Et si vous croisez ces pâtes, vous saurez désormais tout ce qui se cache derrière leur saveur si singulière.




